Agoraphobie : quand l’environnement devient menaçant !

En 1872, un neurologue allemand, Westphal, constate que plusieurs patients sont terrifiés à l’idée de traverser la grande place menant à son cabinet. Il nomme ce trouble Agoraphobie, en associant deux termes grecs : Agora ( place publique) et Phobos (peur).

Mais qu’est-ce que l’Agoraphobie ?

La définition de l’agoraphobie est aujourd’hui étendue jusqu’à être « la phobie de se retrouver dans des endroits où la survenue d’une attaque de panique serait problématique » (cf. le livre du Dr. Christophe André : Psychologie de la peur: Craintes, angoisses et phobies, aux éditions Odile Jacob). Il s’agit donc d’une peur injustifiée à l’idée de fréquenter des lieux publics, qu’ils soient ouverts ou non. Aller au cinéma, prendre les transports en commun, ou entrer dans une boulangerie sont des gestes quotidiens entraînant de véritables crises de panique chez un agoraphobe.

C’est l’une des phobies les plus handicapantes car elle entrave la vie sociale, relationnelle, professionnelle. Dans sa forme la plus poussée, elle empêche un individu de trouver un travail et gagner sa vie, car il ne peut sortir de chez lui. Cet état extrême peut mener à la dépression, la dépendance à certaines substances telle que l’alcool et les médicaments et même, conduire au suicide. La souffrance ressentie par le sujet agoraphobe empêche toute vie sociale épanouissante et pose de véritables problèmes de gestion du quotidien.

Mais d’où vient l’agoraphobie ? Et qui touche-t-elle ?

Quelles en sont les causes ? S’il n’a été démontré aucun « gêne » de l’agoraphobie, les agoraphobes ont souvent développé leur trouble après un événement traumatisant, qu’il s’agisse d’un deuil, d’une maladie, d’une période de chômage… Une autre théorie fait état d’un défaut du système vestibulaire, ce dernier étant un organe sensoriel situé dans l’oreille interne et participant à la sensation d’équilibre.

Cette phobie qui touche 2 à 4 % de la population française peut se développer aussi bien à l’adolescence qu’après 40 ans. On dit que Charles Darwin a développé une agoraphobie après avoir parcouru le globe pour ses recherches. Une étude datant de 1985 sur un campus universitaire, a démontré que l’attaque de panique avait un jour ou l’autre touché un tiers des étudiants. 20 à 60 % des personnes souffrant d’un trouble panique sont tôt ou tard concernés par l’agoraphobie ; le trouble panique étant la répétition des attaques de panique.

Tout le monde peut donc, un jour, développer ce trouble, ou être confronté à l’agoraphobie d’un proche. Cependant, l’agoraphobie connaît divers degrés. Elle va de celle dite « simple », gênante mais non invalidante, à une forme sévère qui handicape le quotidien du sujet et de son entourage.

Quels en sont les symptômes ?

Le symptôme majeur de l’agoraphobie est la crise d’angoisse, ou attaque de panique. Cette dernière ressemblant fortement à une crise de spasmophilie, le diagnostic de l’agoraphobie est parfois posé avec difficulté et trop tardivement.

Au-delà de la peur irraisonnée de mourir, d’avoir une crise cardiaque, l’attaque de panique se manifeste souvent par les troubles physiques suivants:

  • sensation d’étouffer
  • vertiges
  • troubles de la vision
  • palpitations, tachycardie
  • spasmes musculaires
  • troubles digestifs
  • irrationalité de l’évaluation de la situation : « Je vais mourir », « je deviens fou (folle) »…

Le sujet a beaucoup de difficultés à rester dans un endroit où il se sent coincé, dont il ne peut s’extraire sans se faire remarquer. En effet, l’agoraphobie étant une phobie sociale, le sujet a une peur panique de se démarquer, d’être involontairement l’objet d’une attention particulière.

Mais les agoraphobes ont surtout la peur de ressentir un malaise et finalement, développent la peur d’avoir peur et souffrir par anticipation.

Comment réagit alors un sujet agoraphobe ?

L’agoraphobe trouve bien souvent le salut dans une stratégie rassurante mais insidieuse : l’évitement. Il prend donc l’habitude d’éviter les endroits ou les situations susceptibles de déclencher une attaque de panique et restreint petit à petit ses activités, et par là-même, sa zone de confort. L’agoraphobie étant une manifestation chronique, le trouble peut durer des dizaines d’années.

Lorsqu’un diagnostic d’agoraphobie est posé, il est souvent déjà bien tard, le problème est désormais installé. Le sujet s’est enfermé dans sa stratégie d’évitement, coupant un maximum de liens avec l’extérieur. Cela complique bien évidemment la mise en place d’un protocole de soin, dans lequel le patient doit « sortir de sa zone de confort » pour pouvoir progresser.

Que faire pour aider une personne souffrant d’agoraphobie ?

Tout d’abord, il faut éviter le chantage et la culpabilisation, le premier entraînant bien souvent le second. « Si tu m’aimes vraiment, tu m’accompagneras à cet événement… ». La culpabilisation est un sentiment déjà bien présent chez l’agoraphobe qui réalise souvent que sa famille et ses amis subissent à leur manière son trouble. En effet, la vie sociale du patient étant compromise, celle de son entourage s’en trouve modifiée, et de ça, l’agoraphobe est conscient !

L’agoraphobe perd toute estime de lui-même du fait de ses peurs incontrôlables et a tendance à ressentir de la colère envers son incapacité à se maîtriser. Tenter de le rassurer est louable mais futile car la majorité des agoraphobes ont conscience que leur peur est irrationnelle, qu’un malaise peut arriver à tout le monde et n’est, dans la plupart des cas, pas mortel.

Il faut continuer à lui proposer de participer aux activités sociales sans nier ses difficultés. Face à un agoraphobe en crise, il peut par contre être utile de se montrer physiquement et mentalement présent et lui rappeler que la crise de panique a tendance à décliner après une vingtaine de minutes. Le soutenir si il a peur de tomber, lui rappeler de respirer calmement entre ses mains ou à l’aide d’un sac en papier peuvent l’aider à traverser la crise.

A plus long terme, le médecin psychiatre peut prescrire un traitement médicamenteux ou une thérapie.

  •  les benzodiazépines soulagent temporairement les crises mais n’évitent pas la réapparition des symptômes. Il s’agit d’une béquille mais en aucun cas d’un remède définitif.
  • Les antidépresseurs sérotoninergiques sont très efficaces pour réduire la fréquence des attaques de panique et parfois même les éliminer. Mais le risque de rechute à l’arrêt du traitement n’est pas nul.
  • La psychothérapie comportementale ou cognitive : de nombreuses études scientifiques ont validé l’efficacité de cette méthode car le patient apprend des techniques pour gérer ses peurs et leurs symptômes.
  • Pratiquer des exercices de relaxation, de sophrologie, de yoga… pour apprendre le contrôle de sa respiration et le lâcher-prise.
  • L’EMDR (technique de désensibilisation et reprogrammation par des mouvements oculaires) a été testée mais malheureusement jugée peu convaincante statistiquement. Les agoraphobes subissent une grande souffrance psychologique et sont donc victimes d’un appauvrissement de la vie relationnelle et professionnelle.

Pour eux, rien n’est plus vraie que la citation de Jean-Paul Sartre : « L’enfer, c’est les autres »… Ne pas hésiter à demander des conseils auprès de votre médecin de famille, à plusieurs reprises, car la difficulté du diagnostic est un piège pour lui. Chercher aussi à se mettre en rapport avec d’autres familles peur permettre de trouver des professionnels informés et qualifiés près de chez vous. Le médecin Psychiatre Christophe André a également écrit plusieurs ouvrages sur les phobies traitant notamment le sujet de l’agoraphobie : « Psychologie de la peur », ainsi que « La peur des autres » en collaboration avec Patrick Legeron.  

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