Apnée du sommeil 2/2 – Traitement et complications

Après avoir vu, dans la 1ère partie consacrée à l’apnée du sommeil, sa définition et son diagnostic, je vais vous expliquer comment elle se traite et pourquoi il faut la traiter. Car les complications de cette maladie sont loin d’être anodines…

 Nous avons vu que l’apnée du sommeil est due au fait que lorsque le malade inspire en dormant, l’air passe mal ou pas du tout. Souvenez-vous, ce peut être à cause d’une base de la langue trop épaisse, d’un voile du palais ou d’une luette trop gras. Alors,on fait quoi ?

 

En cas d’apnée du sommeil, revoir son hygiène de vie

 La première étape c’est bien évidemment de faire le point sur vos habitudes et votre hygiène de vie. En effet, si vos apports caloriques sont trop importants par rapport à ce que vous dépensez, l’excès va être stocké sous forme de graisse à plusieurs endroits, entre autre… au niveau des parties molles de la gorge et du cou. Pour « maigrir » du voile du palais et de la luette (sic!) le raisonnement est le même que pour la bouée autour du bidon ou des hanches ! Quelques règles simples et logiques que vous connaissez tous sont à appliquer une bonne fois pour toutes !  

  • Pour les petits parcours, il vous revient plus cher de prendre la voiture… Donc marchez, courez, pédalez, prenez la trottinette.  Bougez !
  • Dès que vous vous sentez rassasié, ne mangez plus. Manger pour manger n’a aucun sens, même si dans notre culture franco-française, c’est un des piliers du tissu social. Mangez moins gras, moins sucré!
  • La consommation modérée d’alcool est aussi quelque chose de convivial : boire un bon vin ou un bon whisky entre amis est très agréable. Néanmoins, l’alcool le soir doit être banni. En effet, il va ralentir toute la conduction nerveuse dans notre organisme. La commande neurologique qui provoque la contraction des muscles du pharynx sera donc inefficace. Celui-ci restera mou et ne s’ouvrira pas pour laisser passer l’air.
Attention ! La consommation d'alcool en soirée aggrave l'apnée du sommeil.

Attention ! La consommation d’alcool en soirée aggrave l’apnée du sommeil.

 

  • Si vous fumez, il faut arrêter. En effet, la chaleur due à la fumée et aux goudrons de la cigarette maintiennent un effet inflammatoire qui irrite la gorge et épaissit les parois de la gorge : la voie de passage est donc encore plus réduite !

 

Traitez votre ronflement… avant que votre conjoint ne s’en charge !

Le ronflement est donc le premier symptôme de l’apnée du sommeil. Il est du à la vibration des tissus mous du pharynx comme nous l’avons vu dans le premier article. Plusieurs possibilités de traitement existent :

  • Il existe en vente libre plusieurs types de gadgets a priori peu efficaces : des sprays qui lubrifient le pharynx sont sensés faciliter le glissement de l’air. D’autres sprays ou crèmes combattent la sécheresse du nez, des bandelettes maintiennent les narines dilatées… Ils peuvent être utiles si ils sont bien adaptés au type de ronflement.
  • Les exercices respiratoires sont très bénéfiques, et par exemple le chant ou la pratique d’un instrument à vent vont contribuer à tonifier la musculature du pharynx. En plus de traiter votre ronflement, vous vous donnez une chance de devenir baryton ou virtuose. Pas mal, non ?
  • Orthèses buccales: faites sur mesure, elles ont pour but d’avancer votre mâchoire inférieure et donc d’écarter la base de la langue de l’arrière du pharynx afin d’augmenter le diamètre du passage de l’air. Les turbulences diminuent et les ronflements aussi. Ces orthèses sont efficaces pour votre santé… et pour la paix dans les ménages ! Un contrôle par un nouvel examen polysomnographique permettra de quantifier les effets du traitement. Voici une vidéo proposée par le Dr Olivier Landwerlin, dentiste à Cannes (06).

  • Des coussins anti-ronflement sont aussi proposés. Ils interviennent sur la posture de la tête pendant le sommeil, facilitant là encore le passage de l’air. Certains sont même équipés de microphone qui détectent vos ronflements et modifient la position de la tête en douceur et sans bruit jusqu’à ce que le ronflement s’arrête. C’est le cas du modèle « Silencium Plus » de Sissel.
  • Des orthèses positionnelles permettant la fixation de cales dans le dos peuvent être utilisées. Le principe est de rendre la position allongée sur le dos gênante ! On se tourne donc sur le côté, réduisant énormément le ronflement et les apnées du sommeil.

 

Le traitement par pression positive continue ou PPC

Ce traitement assez contraignant mais efficace est pris en charge systématiquement par l’Assurance Maladie en cas d’indice d’apnée du sommeil supérieur à 30. En-dessous, son indication peut être discutée.

  • Principe:

Le patient porte un masque sur le visage pendant la nuit. Ce masque est relié à un petit compresseur qui souffle de l’air sous pression pour empêcher les tissus mous d’obstruer le passage. L’air insufflé est l’air ambiant, il ne contient aucun produit et ne change donc pas la composition du sang. Certains appareils ont une pression différente lors de l’inspiration et l’expiration pour faciliter la respiration du patient. Voici une vidéo explicative tirée du site www.sleepmobile.be

  • Inconvénients:

L’appareil reste un peu gênant et bruyant (environ 30dB) malgré les progrès. Il nécessite donc une période d’adaptation. Il est souvent accompagné d’un traitement médical favorisant le sommeil. Des problèmes de réglage entraînant des fuites, des irritations… peuvent apparaître. Il faut une période de rodage. Il  a quand-même révolutionné le sommeil des patients qui le supportent. Ceux-ci retrouvent des nuits réparatrices.

Les données enregistrées sont étudiées par les médecins et la prise en charge de la Sécurité Sociale ne reste valable que si il est utilisé plus de 3h par nuit, toutes les nuits.

Selon les études, environ 20% des patients arrêtent le traitement par PPC à plus ou moins brève échéance. Il est parfois difficile de l’accepter, car le traitement est prescrit à vie et peut être vécu comme un handicap. De plus il entraîne des contraintes d’hygiène pour l’entretien, il faut penser à tout emmener à chaque déplacement. Et la peur du regard du conjoint incite pas mal de patient à refuser le traitement.

  • Avantages:

Le traitement par PPC est TRÈS efficace, permettant de retrouver forme, concentration et vigilance tout au long de la journée. L’indice calculé dans les examens polysomnographiques tend à se normaliser !

La chirurgie:

  • Ré-axation de la cloison nasale, ou réduction des amygdales et des végétations:

Ces interventions peuvent être indiquées pour certains patients. Leur utilité sera déterminé par le spécialiste ORL.

  • Voile du palais et luette:

Une intervention visant à réduire la luette et le voile du palais peut être pratiquée. L’effet est de 50% sur le ronflement, mais parfois moindre sur l’apnée du sommeil. Les chirurgiens la pratiquerons plus facilement si les patients présentant un indice supérieur à 30 et un embonpoint s’engagent à perdre du poids! Les résultats seront alors meilleurs.

Ce type d’opération est suivi d’une rééducation de la déglutition car le risque de passage des liquides bus vers le nez augmente. Il faut donc réapprendre à avaler ces liquides.

  • Réduction de la base de la langue:

La réussite de l’opération, très variable, est fonction de la qualité du diagnostic posé. Les causes d’apnée doivent être précisément déterminées.

  • Chirurgie bi-maxillaire:

Cette opération lourde consiste à avancer en bloc les deux mâchoires. Cela avance l’ensemble du tissu mou, permettant à nouveau le passage facile de l’air dans le pharynx en arrière. On le propose essentiellement à des sujets jeunes et motivés. Certains problèmes dentaires et d’articulation des mâchoires sont décrits dans les suites d’opération. En revanche, le résultat recherché sur les apnées du sommeil semble très bons.

 

Quelles sont les complications d’une apnée du sommeil si on ne la traite pas ?

  • La première conséquence est celle qui, associée aux ronflements, mène le plus souvent à la consultation: la somnolence! La somnolence se traduit par une difficulté à émerger le matin au réveil, un assoupissement systématique après chaque repas…

Les conséquences de la somnolence sont:

  1. difficultés de concentration, d’apprentissage…
  2. troubles de la mémoire et du langage.
  3. augmentation du risque d’accident du travail
  4. augmentation du risque d’accident de la route: depuis 2005 d’ailleurs, l’apnée du sommeil est considérée comme une contre-indication à la conduite. Le malade doit se déclarer à la commission des permis de conduire de la Préfecture qui vérifiera qu’il est traité pour l’apnée du sommeil.
  5. troubles de l’humeur, accès de colère, dépression…

 

  • Les maladies cardio-vasculaires :

La réduction d’apport en oxygène dans le sang va exciter le système nerveux du stress et augmenter la tension. Le patient apnéique va donc subir une hypertension qui deviendra chronique. En effet la tension reste élevée pendant la nuit. Celle-ci augmente le risque de troubles du rythme cardiaque, d’insuffisance coronarienne, d’infarctus et d’AVC (accident vasculaire cérébral) par exemple…

  • Le syndrome métabolique:

Le syndrome métabolique est défini par de l’obésité abdominale associée à au moins deux symptômes ci-après: taux élevé de HDL (mauvais cholestérol), taux élevé de triglycérides, diabète, hypertension.

L’apnée du sommeil peut pousser le patient à consommer des encas sucrés pour l’impression de regain d’énergie qu’ils apportent. Cette consommation de sucre peut conduire au diabète de type II si rien n’est fait. L’hypoxémie (déficit d’oxygène dans le sang) est aussi responsable la fabrication par l’organisme de radicaux libres et molécules pro-inflammatoires, faisant le lit par exemple de pathologies comme le cancer.

 

Même si le ronflement prête parfois à moquerie, il ne faut pas juste en rire ! Si il est associé à de la somnolence, une fatigue chronique ou des changements d’humeur, il faut consulter votre médecin traitant et un spécialiste. Plus l’apnée du sommeil est prise à temps, moins lourd est le traitement. Il est aussi plus facile de changer nos habitudes de vie lorsque la santé est encore bonne. Le jeu en vaut la chandelle, car les complications sont parfois dramatiques !

 Dites moi dans les commentaires ci-dessous si quelqu’un dans votre entourage est traité pour l’apnée du sommeil te par quels moyens. Dans le cas de la Pression Positive Continue, lui a-t-il été difficile de s’habituer à son traitement ?

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