Anorexie, quel est le mécanisme qui mène à cette maladie?

Anorexie et image de soi

L’ anorexie est qualifiée de maladie mentale et se traduit par un trouble alimentaire qui s’installe progressivement. La plupart du temps, la famille n’arrive pas à cerner rapidement l’arrivée de ce problème de santé du fait de cette progressivité. Essayons de comprendre un peu mieux ce qui se passe…

 

Quel est le mécanisme qui mène à l’anorexie?

L’anorexie touche une population jeune, de l’âge de la puberté au début de l’âge adulte. Ce sont généralement les filles qui sont le plus touchées, au moment où leur corps se transforme…  C’est souvent à ce moment précis que la peur s’installe car il se pose le problème de l’identification : la jeune fille sent qu’elle quitte peu à peu le monde de l’enfance pour rejoindre l’âge adulte.

Le physique change, mais aussi les émotions et le rapport à l’autre avec l’émergence des premiers désirs sexuels:  on développe le culte de l’image de soi pour tenter de séduire l’autre. La peur qui s’installe n’est pas facile de définir.

Dans cette quête de l’image de soi parfaite, la perception du patient anorexique de son propre corps est biaisée. La maîtrise du corps passe alors par la maitrise de l’alimentation. Commence une phase de « régime »: le patient anorexique va diminuer les quantités, puis refuser les aliments les plus caloriques.

Vient plus tard la recherche de l’isolement lors de la prise alimentaire pour éviter le regard des autres et le besoin de se justifier. C’est ce qui rend  difficile un diagnostic précoce. A l’âge d’apparition de la maladie, les jeunes mangent de plus en plus souvent en dehors du domicile familial et les parents notamment ne s’en aperçoivent souvent que tardivement.

Dans sa propre perception, le patient se sent toujours en surpoids et rien ne semble pouvoir modifier son impression. Même lorsque l’IMC (indice de masse corporelle) commence à déraper, il se trouve toujours trop gros. Manger devient alors une véritable torture… La dénutrition affaiblit le sujet qui va présenter de nombreux troubles :

  • psychologiques: baisse de concentration et de vigilance, irritabilité, alternance de phases euphoriques et dépressives, perte de l’estime de soi (effet inverse de celui recherché au début)…
  • physiques: l’anorexie entraîne une perte de poids considérable accompagnée de très nombreux symptômes. Déminéralisation osseuse, carence vitaminique, troubles du rythme cardiaque, troubles de croissance, dérèglement des cycles menstruels, perturbations hormonales et endocriniennes…
  • sociaux: le patient s’isole au départ volontairement pour éviter le moment du repas. Lorsque le trouble est bien installé et que les humeurs deviennent imprévisibles, ce peut être l’entourage scolaire ou professionnel, voire même amical qui se détourne de la personne anorexique… Cet isolement rend évidemment la guérison encore plus difficile, le patient ayant besoin de soutien.

 

La responsabilité de l’entourage et les causes intrinsèques:

L’environnement familial et socio-culturel a sa part de responsabilité. Il ne semble pas que l’anorexie se soit développé dans les pays où il est difficile de manger à sa faim… Mais il y a aussi des causes intrinsèques au patient.

  • Dans certains cas d’anorexie, l’accompagnement psychologique permet de décrypter des causes familiales à l’apparition de la maladie. Nous n’évoquerons pas ici les situations ou le malade est victime ou témoin de violences psychologiques ou sexuelles au sein même de l’unité familiale…

En revanche, la souffrance peut-être causée par des paroles maladroites prononcées de manière anodine mais répétée. Les petites réflexions sur les cuisses un peu rondes ou les fesses rebondies qui rendent difficile le choix de la taille du jean lors de l’achat peut fausser complètement l’image corporelle de la jeune fille en pleine puberté. Les transformations physiques sont déjà lourdes, pas besoin de pointer un détail particulier, même sur le ton de la plaisanterie !

  • La publicité et les médias: le culte de l’image nous enseigne que pour obtenir un corps idéal et mince, il faut contrôler son poids et faire des régimes. Dans notre société, la nourriture n’est plus une question de survie. On l’associe au plaisir et en même temps, ce plaisir peut être préjudiciable. On finit par évoquer les excès de l’alimentation et ses effets néfastes pour la santé. Alors manger cesse d’être un bien pour le corps et l’esprit.
Anorexie et dégoût de manger

Chez la plupart des adolescents, le Hamburger est source de joie ! Chez le patient anorexique, il ne provoque que dégoût…

 

  • Des études ont montré qu’il y a aussi une cause génétique. Il n’a pas été identifié de gêne unique responsable de l’anorexie. En revanche, on a identifié des gènes associés à des comportements ou à des troubles psychiatriques souvent associés à l’anorexie (compulsion, dépression). Il y a aussi des anomalies biologiques comme des niveaux anormaux de sérotonine, de noradrénaline et de dopamine chez les personnes atteintes d’anorexie et de boulimie. Ces hormones jouent un rôle important sur l’hypothalamus et la régulation de la nutrition.
    On sait que la sérotonine est liée à la dépression nerveuse et aux troubles alimentaires. Le cortisol se trouve aussi à des niveaux élevés chez les patients anorexiques. Cette hormone est sécrétée chaque fois qu’une personne est stressée. Comme dans toutes les maladies, ce sont peut-être des facteurs associés qui favorisent ou non le développement de la maladie.

Dans un prochain article, j’évoquerai la manière dont on peut aider le patient anorexique… Il faut l’aborder avec empathie et lui proposer de l’aide qui peut être variée. Il faut beaucoup de discussion pour que la nécessité de guérir devienne une évidence pour le sujet.

 

On a vu que le diagnostic précoce est très difficile! Et vous, avez-vous rencontré dans votre entourage proche un sujet anorexique ? Aviez-vous senti le problème s’installer? Ou vous en êtes-vous aperçu que tardivement? Laissez votre réponse dans les commentaires ci-dessous.

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